Pendant que le Maroc peine à se hisser dans les classements internationaux de préparation à l'intelligence artificielle, le gouvernement avance sa propre réponse sur le terrain. Le programme Génération AIoT, lancé en février 2026 par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l'Administration, vient de changer d'échelle, avec une ambition affichée : former 20 000 jeunes Marocains à l'intelligence artificielle et à l'internet des objets d'ici 2030.
Un problème que le Maroc ne cache plus
Le constat qui justifie ce programme n'est un secret pour personne dans l'écosystème tech marocain. Le Royaume s'est classé 19e sur 25 dans le Global Outsourcing AI Readiness Index 2026 du cabinet Ataraxis, cinquième en Afrique et deuxième dans la région MENA, derrière l'Égypte. Un classement honorable, mais qui pointe une faiblesse récurrente : la formation des talents à l'IA reste le maillon faible face à des concurrents qui investissent massivement sur ce terrain. Du côté de la cybersécurité, l'AUSIMètre 2026 enfonçait le clou plus tôt dans l'année : 84% des organisations marocaines déclarent souffrir d'une pénurie de compétences, dont 29% la jugent critique.
La réponse du ministère : de la formation, vite et à grande échelle
Porté par le ministère de la Transition numérique, la Fondation Mohammed V pour la Solidarité et l'entreprise ABA Technology, Génération AIoT s'appuie notamment sur l'Incubateur Digital Solidaire de Salé. Six mois après son lancement, le programme affiche des chiffres qui traduisent une vraie demande : plus de 2 118 candidatures reçues, pour 95 talents actuellement en formation entre Salé et Casablanca.
Une première promotion de 46 participants a déjà bouclé quatre mois de formation et intègre, depuis fin juin, des projets appliqués dans des secteurs aussi variés que la santé, les mines, l'industrie, la finance, la logistique, la recherche et l'éducation. Le programme prévoit désormais une extension à Casablanca, Fès et Oujda.
Ce que ça change, et ce qui reste à prouver
Sur le papier, Génération AIoT s'inscrit dans la continuité de la stratégie Maroc Digital 2030, qui vise la création d'environ 240 000 emplois numériques et une contribution de 10 milliards de dollars au PIB national d'ici 2030. Le programme a aussi le mérite de sortir la formation IA des seules grandes métropoles, en misant sur des centres régionaux.
Reste une question d'échelle. Passer de 95 talents en formation à un objectif de 20 000 d'ici 2030 suppose une accélération considérable du rythme de recrutement et de formation, année après année. Le nombre de candidatures montre que la demande côté jeunes ne manque pas. La vraie inconnue est ailleurs : la capacité du dispositif à absorber ce volume sans diluer la qualité de la formation, et celle du marché du travail marocain à réellement intégrer ces nouveaux profils dans des emplois pérennes plutôt que dans des stages ou des contrats courts.