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Écrans et enfants de moins de 14 ans : ce que disent vraiment les autorités sanitaires

La rédactionDossier4 min de lecture
Impact ecran
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Du Maroc à la France en passant par Genève, le constat converge : l'exposition précoce et prolongée aux écrans chez les moins de 14 ans inquiète désormais autant les pédiatres que les gouvernements. Ce qui relevait il y a dix ans du débat de société est devenu, dans plusieurs pays, un sujet de politique publique à part entière.

Ce que recommande l'OMS

L'Organisation mondiale de la santé a publié dès 2019 des lignes directrices précises sur l'activité physique, la sédentarité et le sommeil chez le jeune enfant. Elle y déconseille toute exposition aux écrans avant l'âge de 2 ans, et recommande de ne pas dépasser une heure par jour entre 2 et 5 ans, en privilégiant un contenu de qualité et un accompagnement adulte. Ces seuils s'appuient sur des travaux montrant qu'un temps d'écran excessif chez le jeune enfant entre en concurrence directe avec des besoins essentiels au développement : sommeil, activité physique et surtout interactions verbales avec l'entourage.

Un rapport présidentiel français qui fait date

En avril 2024, une commission de dix experts mandatée par l'exécutif français a remis un rapport de référence intitulé "Enfants et écrans : à la recherche du temps perdu". Ses conclusions sont sans détour : la commission y affirme avoir dégagé un consensus net sur les effets négatifs, directs et indirects, des écrans, notamment sur le sommeil, la sédentarité et la myopie. Le document pointe aussi un niveau d'exposition des enfants à des contenus pornographiques et violents jugé alarmant, ainsi qu'un rôle aggravant des réseaux sociaux dans les troubles anxieux et dépressifs chez les jeunes déjà fragilisés.

Sur cette base, le ministère français de la Santé préconise désormais l'absence totale d'écran avant 3 ans, et un usage exceptionnel, limité à des contenus éducatifs et toujours accompagné d'un adulte entre 3 et 6 ans. La commission va plus loin en proposant qu'aucun enfant ne dispose d'un téléphone portable avant 11 ans, qu'un téléphone connecté à Internet n'arrive pas avant 13 ans, et que l'accès aux réseaux sociaux reste fermé avant 15 ans.

Les données officielles confirment l'ampleur du phénomène : selon l'enquête Enabee de Santé Publique France, 15 % des enfants de moins de 6 ans possèdent déjà une tablette, et près de 7 % ont un écran dans leur propre chambre. La télévision reste l'écran dominant jusqu'à la fin de l'école élémentaire, avant que smartphones et consoles ne prennent le relais à l'adolescence.

Le Maroc face au même défi

Le Maroc n'échappe pas à cette dynamique, et le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) en a fait un sujet d'alerte officielle. Dans un avis intitulé "Pour un environnement numérique inclusif offrant et protecteur des enfants", présenté en février 2025 à Rabat, l'institution établit un lien direct entre l'usage excessif des écrans et la dégradation des résultats scolaires chez les jeunes marocains, avec 42 % d'entre eux touchés selon l'étude qui accompagne l'avis.

Le CESE va plus loin en détaillant les répercussions sur le quotidien des jeunes : près de 43 % négligent des besoins fondamentaux comme l'alimentation ou le sommeil à cause d'un usage numérique excessif, et environ 36 % rapportent des conflits familiaux liés à cette pratique. L'institution alerte également sur l'exposition à des contenus sexuels inappropriés, à des discours extrémistes ou racistes, ainsi qu'à la désinformation et aux jeux d'argent en ligne, avec des conséquences pouvant aller jusqu'à l'isolement social et des troubles psychologiques sévères.

À titre complémentaire, et sans que ce chiffre ait la même valeur institutionnelle, une étude menée par Kaspersky en partenariat avec le cabinet Immersion indique que près de 9 enfants marocains sur 10 utilisent un smartphone quotidiennement, et que 68 % en possèdent un en propre. Un parent sur trois y voit un facteur de recul de la sociabilité de son enfant.

Pourquoi l'âge compte autant

Le point sur lequel toutes les instances citées s'accordent est celui du développement cérébral. Avant 6 ans, le cerveau de l'enfant se construit essentiellement par l'interaction humaine directe : toucher, écoute, mouvement, échange de regards. Un écran, même avec un contenu dit éducatif, ne peut se substituer à cette stimulation. Entre 6 et 14 ans, l'enjeu se déplace vers la qualité du contenu consommé et les usages sociaux du numérique : réseaux sociaux, cyberharcèlement, exposition à des contenus inadaptés à l'âge.

C'est précisément cette tranche d'âge, celle des moins de 14 ans, que visent les recommandations les plus récentes des autorités françaises et marocaines : retarder l'accès à un téléphone personnel connecté, encadrer l'accès aux réseaux sociaux, et surtout replacer l'accompagnement parental au centre du dispositif plutôt que de compter sur des interdictions techniques seules.

Ce qu'il faut retenir pour les familles marocaines

Les recommandations officielles convergent vers quelques principes simples : aucun écran avant 3 ans, un usage très encadré et accompagné entre 3 et 6 ans, et à partir de 6 ans une exposition modérée qui laisse une vraie place à l'activité physique, au sommeil et aux interactions sociales réelles. Pour les familles marocaines, l'avis du CESE constitue désormais une référence institutionnelle claire sur laquelle s'appuyer, au même titre que les recommandations internationales de l'OMS.

Sources utilisées : Organisation mondiale de la santé (OMS), commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans (rapport remis au Président de la République française, avril 2024), Santé Publique France (enquête Enabee), Conseil Économique, Social et Environnemental du Maroc (CESE), étude Kaspersky/Immersion.

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