Anthropic a publié un rapport de sécurité détaillant sept campagnes menées par des laboratoires d'intelligence artificielle basés en Chine pour extraire illégalement les capacités de son modèle Claude et les utiliser dans l'entraînement de leurs propres systèmes. Le document, intitulé "Detecting and Countering Misuse of AI : September 2026", nomme directement Alibaba, Moonshot AI, DeepSeek, Xiaomi et Zhipu.
Ce que révèle le rapport d'Anthropic
Selon Anthropic, ces campagnes reposent sur une technique appelée distillation illicite : un procédé qui consiste à utiliser les réponses d'un modèle d'IA performant pour entraîner un modèle concurrent, sans autorisation. L'entreprise affirme avoir recensé près de 200 millions d'échanges liés à ces opérations entre décembre 2025 et août 2026, ciblant en priorité les capacités les plus avancées de Claude : raisonnement agentique, programmation, analyse de données et raisonnement logique.
Le cas le plus massif concerne Alibaba. Anthropic décrit cette opération comme la plus grande campagne de distillation jamais mesurée par l'entreprise : plus de 151 millions d'échanges générés entre mai et juillet 2026, via un réseau d'environ 3 500 comptes jugés frauduleux, avec un pic à près de 3 millions d'échanges par jour. Selon Anthropic, ces données auraient servi à entraîner la famille de modèles Qwen d'Alibaba.
Une méthode plus inquiétante : le détournement direct des requêtes
Le point le plus sensible du rapport concerne Moonshot AI et DeepSeek. Anthropic les accuse d'avoir directement redirigé, à l'insu de leurs propres utilisateurs, certaines requêtes vers Claude, avant de présenter les réponses obtenues comme si elles provenaient de leurs propres modèles, Kimi pour Moonshot et DeepSeek pour l'autre. Dans le cas de Moonshot, plus de 23 millions d'échanges auraient été générés de cette manière entre mai et juillet 2026, dont près de 300 000 requêtes clients relayées en seulement dix jours via un réseau de plus de 5 000 comptes frauduleux. Pour DeepSeek, Anthropic évoque plus de 12,1 millions d'échanges sur une période de quatorze jours en juillet 2026.
Cette pratique pose un problème qui dépasse la simple concurrence technologique : des données que des utilisateurs pensaient adresser à un service chinois auraient en réalité transité par l'infrastructure américaine d'Anthropic, sans que ces utilisateurs en soient informés.
La réaction de la Chine
Interrogée sur ces accusations, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a rejeté les allégations, affirmant que Pékin s'oppose fermement à toute tentative de "salir la Chine en déformant les faits". Le ministère chinois du Commerce avait déjà, lors d'accusations similaires en février, qualifié la distillation de méthode technique neutre et largement répandue dans le secteur, tout en reprochant à Washington d'interférer dans une activité commerciale normale.
Il faut noter qu'Anthropic elle-même reconnaît que la distillation, en tant que technique, n'est pas illégale en soi : elle devient problématique, selon l'entreprise, lorsqu'elle est menée à grande échelle, via des comptes frauduleux, et sans autorisation, pour reproduire les capacités d'un concurrent sans un investissement comparable en recherche.
Ce qu'Anthropic dit avoir fait
Anthropic affirme avoir fermé les comptes associés à ces opérations et renforcé ses systèmes de détection, notamment autour des traces de raisonnement interne de Claude, une cible particulièrement recherchée par les laboratoires accusés. L'entreprise a aussi introduit des exigences de vérification supplémentaires pour les comptes liés à des régions où Claude n'est pas directement disponible.
Ce rapport s'inscrit dans un climat de rivalité technologique de plus en plus tendue entre les laboratoires américains et chinois, où l'accès aux modèles les plus performants est devenu un enjeu stratégique autant que commercial. Des responsables américains ont, la même semaine, formulé des accusations similaires visant six entreprises chinoises d'IA, dont DeepSeek, Moonshot et Alibaba, les soupçonnant de cibler également les modèles d'OpenAI, de Google et de SpaceX.
Sources : Anthropic (rapport officiel "Detecting and Countering Misuse of AI : September 2026"), Reuters, TechCrunch, CNBC, The Hacker News.