Le 17 octobre 2026 à Casablanca, Moulay Hafid Elalamy a livré aux entrepreneurs de la CGEM une keynote sur l’audace d’entreprendre. Sur l’IA, il a mêlé lucidité sur l’emploi et appel à bâtir dès maintenant de nouvelles stratégies.
Une keynote nourrie d’un parcours d’entrepreneur
Le fondateur de Saham Group et ancien ministre de l’Industrie intervenait au forum « Entrepreneurs en mouvement : transformer les priorités en actions », organisé par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Sa keynote, intitulée « L’audace de voir grand », s’est construite comme un « anti-manuel de l’entrepreneur » : dix règles tirées de son parcours, y compris de ses échecs.
Parmi elles : voir grand mais démarrer petit, oser l’international, garder le contact avec ses clients, s’entourer de personnes meilleures que soi et préparer la pérennité de son entreprise. Il a aussi insisté sur l’éthique, résumée par une formule : des patrons riches, mais éthiques, qui paient leurs impôts et prennent soin de leurs salariés.
L’IA, une réalité à regarder en face
Sur l’intelligence artificielle, Moulay Hafid Elalamy n’a pas cherché à rassurer. « L’intelligence artificielle va tuer une partie des emplois », a-t-il affirmé, en précisant qu’il ne s’agit pas de science-fiction mais d’une réalité déjà en cours.
Il s’est inquiété en particulier pour l’industrie et l’offshoring. L’association de l’IA et de la robotisation pourrait conduire des industriels à automatiser davantage ou à relocaliser, et affaiblir l’avantage du coût du travail sur lequel le Maroc a bâti une partie de son attractivité.
Un appel à agir, pas à craindre
Son message ne s’arrête pas au constat. Dans un entretien accordé le même jour à Médias24, aux côtés de Richard Attias, il a décrit l’IA comme un « tsunami » qui transformera les sociétés, mais aussi comme une source de progrès, notamment dans la santé.
Pour lui, la réponse tient dans l’anticipation : les pays du Sud doivent cesser de « regarder dans le rétroviseur » et concevoir des stratégies en rupture avec celles du passé. Cette invitation est cohérente avec le reste de sa keynote, où il a rappelé que les succès passés ne garantissent pas les succès futurs, en citant l’exemple de Kodak, dépassé par l’évolution technologique.
Un message qui tombe au bon moment
L’intervention a eu lieu au lendemain de la création, le 16 octobre 2026, du ministère de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration, confié à Ahmed Rahhou. Elle rejoint l’appel du discours royal du 9 octobre 2026 à une nouvelle génération de stratégies nationales, dont l’une consacrée à l’économie numérique et à l’IA.
Ce que les décideurs IT marocains peuvent en retenir
- Anticiper plutôt que réagir. Identifier dès maintenant les métiers et les processus que l’IA transformera, plutôt que d’attendre que la concurrence le fasse.
- Miser sur les compétences. Si certains postes disparaissent, d’autres apparaissent. Former et reconvertir les équipes permet de garder la valeur dans l’entreprise.
- Repenser l’offshoring. Les centres de services et de relation client peuvent intégrer l’IA pour monter en valeur, plutôt que de la subir comme une menace sur les volumes.
Sources : keynote de Moulay Hafid Elalamy au forum de la CGEM (vidéo diffusée sur YouTube)