Aller au contenu
LADSI

Cloud & Infrastructure

Maroc IA 2030 : près d'un gigawatt de data centers pour bâtir la souveraineté numérique du Royaume

Admin LADSIArticle4 min de lecture
maroc ia 2030
Partager

Le 8 septembre 2026, le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l'Administration a présenté à Rabat le bilan d'étape de la feuille de route "Maroc IA 2030", marquant son entrée dans une nouvelle phase de mise en œuvre opérationnelle. Derrière les objectifs économiques affichés, 100 milliards de dirhams de valeur ajoutée et 50 000 emplois directs et indirects visés d'ici 2030, se cache un chantier d'infrastructure informatique d'une ampleur inédite pour le Royaume.

Un objectif nourri par les Hautes Orientations royales

Cette nouvelle phase s'inscrit dans le prolongement des orientations royales en faveur de l'investissement dans l'intelligence artificielle, les nouvelles technologies et les énergies renouvelables, présentées comme des leviers de développement et de transition vers des modèles économiques durables. La ministre déléguée chargée de la Transition numérique, Amal El Fallah Seghrouchni, a résumé l'ambition du moment en affirmant que le Maroc avait fait le choix d'être pleinement acteur de la révolution de l'intelligence artificielle, en développant ses propres capacités et en construisant sa propre trajectoire technologique.

Près d'un gigawatt de capacité de data centers visé

Le volet le plus concret de cette feuille de route concerne la puissance de calcul que le Royaume entend se donner. Le portefeuille de projets présenté prévoit de porter la capacité nationale de data centers à près d'un gigawatt, un saut d'échelle considérable pour l'infrastructure numérique marocaine.

Ce dispositif s'articule autour de plusieurs chantiers physiques précis :

  • Un méga-campus de data centers verts à Dakhla, d'une capacité pouvant atteindre 500 mégawatts, implanté sur une superficie d'environ 100 hectares et alimenté à 100% par des énergies renouvelables. Ce projet s'inscrit dans la Vision atlantique portée par le Royaume, avec l'ambition de faire de la façade atlantique un pôle de connectivité et de développement tourné vers l'Afrique.
  • Un data center de 50 mégawatts adossé à un cloud souverain à Rabat.
  • L'extension du data center déjà existant de Benguérir.
  • Le programme "Move to Cloud", destiné à accompagner la migration des administrations publiques marocaines vers le cloud.

Une couche logicielle pensée pour mutualiser les ressources de l'État

Au-delà du seul volet matériel, la stratégie prévoit la création d'une Data Factory nationale, destinée à centraliser et structurer les données publiques, ainsi qu'une Forge logicielle nationale, conçue pour permettre le partage de codes sources et de composants réutilisables entre les différentes administrations marocaines. Cette dernière initiative vise à éviter que chaque administration ne développe isolément des outils similaires, une mutualisation qui pourrait accélérer significativement la modernisation numérique du secteur public.

Un cadre baptisé Digital X.0 complète ce dispositif, avec pour mission d'encadrer le développement d'une intelligence artificielle responsable, fondée sur la réglementation, l'éthique, la sécurité et le respect des droits fondamentaux.

Le réseau JAZARI, colonne vertébrale de la formation et de la recherche

Le volet humain de la stratégie repose sur le réseau national des Instituts JAZARI, qui doit progressivement s'implanter dans les douze régions du Royaume. Quatre composantes sont déjà annoncées : JAZARI ROOT, centré sur les technologies linguistiques souveraines pour l'arabe, la darija et l'amazigh ainsi que l'intelligence documentaire ; JAZARI Smart City, dont la première déclinaison est prévue à Marrakech autour des jumeaux numériques et des systèmes d'information géographique avancés ; JAZARI Industrie X.0, déjà opérationnel à Fès depuis mars 2026, centré sur la robotique avancée et la maintenance prédictive ; et JAZARI EduTech, dédié à l'apprentissage adaptatif et à la détection précoce du décrochage scolaire. D'autres instituts sont en cours de structuration, dont un pôle JAZARI Énergies renouvelables prévu à Dakhla.

Une ambition chiffrée à l'horizon 2030

Selon les chiffres présentés par le ministère, la stratégie "Maroc IA 2030" vise à générer 100 milliards de dirhams de valeur ajoutée, à créer 50 000 emplois directs et indirects, et à former ou certifier 200 000 talents, avec une initiation à l'intelligence artificielle envisagée dès le plus jeune âge dans le système éducatif marocain.

Pourquoi l'infrastructure physique reste le nerf de la guerre

Ce chantier d'infrastructure ne se limite pas à un exercice de communication institutionnelle. La capacité d'un pays à héberger, traiter et sécuriser localement de grands volumes de données conditionne directement sa capacité à développer une intelligence artificielle réellement souveraine, plutôt que dépendante d'infrastructures étrangères. En misant sur près d'un gigawatt de capacité data center répartie entre Dakhla, Rabat et Benguérir, le Maroc cherche à se doter des fondations physiques nécessaires pour accueillir, dans les années à venir, des charges de calcul massives liées à l'entraînement et au déploiement de modèles d'intelligence artificielle à grande échelle.

Reste à observer, dans les prochaines années, le rythme réel de concrétisation de ces chantiers d'infrastructure, dont l'ampleur annoncée dépasse largement tout ce que le Royaume avait engagé jusqu'ici dans ce domaine.

AL

L'auteur

Admin LADSI

Ne manquez aucune actualité

Créez un compte gratuit pour suivre l'actualité professionnelle et accéder aux contenus réservés aux abonnés.

S'inscrire gratuitement