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Cloud & Infrastructure

La souveraineté numérique est chère au Maroc, dans les deux sens du mot

Ahmed MOBARAKTribune3 min de lecture
Ahmed Mobarak
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Le Maroc fait de la souveraineté numérique une priorité. Pour Ahmed Mobarak, fondateur d’Oviasoft, elle est chère dans les deux sens du mot : précieuse, et coûteuse. La vraie question est de savoir qui la paie, et pour protéger quoi.


La souveraineté numérique est chère au Maroc. On peut l’entendre de deux façons, et les deux sont vraies.

Elle est chère parce qu’elle compte. Le projet de loi de finances 2027 prévoit le stockage des données des Marocains dans un cloud national souverain. Le décret n° 2-24-921 impose déjà aux entités et infrastructures d’importance vitale de recourir à des prestataires cloud qualifiés pour leurs données sensibles. Le pays veut garder la main sur ce qui le rend vulnérable.

Mais elle est aussi chère parce qu’elle coûte. Et de ce côté, on en parle beaucoup moins.

Le prix de l’échelle

Un grand fournisseur de cloud mondial répartit le coût de ses centres de données, de ses équipes de sécurité et de ses logiciels sur des millions de clients, dans des dizaines de pays. Un hébergeur souverain marocain sert un marché beaucoup plus petit. Il doit pourtant investir dans les mêmes briques : bâtiments, énergie, redondance, sécurité, certification.

À service égal, le coût par client a donc toutes les chances d’être plus élevé. Ce n’est pas un défaut des acteurs marocains. C’est la mécanique de l’échelle.

Souverain sur l’hébergement, dépendant sur le reste

Le deuxième coût est moins visible. Héberger les données au Maroc ne rend pas la chaîne technologique marocaine. Les processeurs, les serveurs, les systèmes d’exploitation, les bases de données et la plupart des modèles d’IA restent importés.

La souveraineté sur l’emplacement des données est réelle. La souveraineté sur la technologie qui les traite reste partielle. Pour aller plus loin, il faut financer de la recherche, des logiciels locaux et des compétences, sur plusieurs années, sans garantie de rentabilité rapide.

Des compétences rares, donc chères

Le troisième coût est humain. Exploiter un cloud, le sécuriser et y faire tourner de l’IA demande des profils que le marché marocain ne forme pas encore en nombre suffisant. La Banque mondiale estime à plus de 45 000 les profils spécialisés en IA nécessaires au Maroc d’ici 2030.

Quand une compétence est rare, elle coûte cher. Et quand elle coûte cher au Maroc, elle est aussi tentée de partir là où elle est mieux payée.

Qui paie la facture ?

Pour un grand groupe ou une administration, ce surcoût reste absorbable. Pour une PME, c’est une autre histoire. Si la souveraineté se traduit par des offres plus chères et des obligations de conformité plus lourdes, ce sont les plus petites structures qui en paieront le prix, ou qui y renonceront.

Le risque est alors paradoxal : une souveraineté que seuls les grands peuvent se permettre.

« La dépendance coûte encore plus cher »

L’objection est sérieuse, et je la partage en partie. Dépendre entièrement d’acteurs étrangers a aussi un prix : des lois étrangères qui peuvent s’appliquer aux données, comme le Cloud Act américain, des conditions tarifaires que l’on subit, et le risque de voir un service coupé ou restreint du jour au lendemain.

La question n’est donc pas de choisir entre souveraineté et dépendance, mais plutôt : où la souveraineté vaut-elle son prix ?

Une souveraineté ciblée

Je crois à une souveraineté sélective, plutôt qu’à une souveraineté totale.

Cela commence par classer les données. Les données de santé, d’identité, de défense ou les données financières sensibles justifient un hébergement souverain, quel qu’en soit le coût. Pour d’autres usages, comme un site vitrine, un outil collaboratif ou des données publiques, le meilleur rapport qualité-prix peut primer.

Cela suppose aussi de mutualiser. Un cloud souverain partagé par plusieurs administrations ou plusieurs entreprises coûte moins cher qu’une multitude d’infrastructures isolées. Et cela demande enfin d’accompagner les PME, pour que la conformité ne devienne pas un privilège réservé à ceux qui ont des équipes juridiques et techniques.

La souveraineté numérique est chère au Maroc, et elle doit le rester, dans le premier sens du mot. Pour qu’elle le reste aussi dans le second sens sans exclure personne, il faudra choisir ce que l’on protège, et accepter d’en payer le juste prix.

L'auteur

Ahmed MOBARAK

Fondateur & CEO d’Oviasoft | Consultant expert SI et transformation digitale

Ahmed Mobarak est entrepreneur et consultant expert SI, avec plus de 15 ans d’expérience. Fondateur d’Oviasoft, il accompagne les entreprises dans leur transformation digitale, l’optimisation de leurs processus et l’intégration des nouvelles technologies. Il s’intéresse particulièrement aux impacts de l’intelligence artificielle sur les entreprises, les métiers et la compétitivité du Maroc.

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