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Amal El Fallah Seghrouchni : un parcours d'exception au service de l'intelligence artificielle et du Maroc

La rédactionPortrait5 min de lecture
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Il existe des parcours qui forcent le respect, tant par leur exigence que par leur constance. Celui d'Amal El Fallah Seghrouchni en fait indéniablement partie. Chercheuse de rang mondial devenue ministre, elle incarne une trajectoire rare, celle d'une scientifique qui a mis toute une carrière au service d'une conviction : que l'intelligence artificielle, bien maîtrisée et bien gouvernée, peut être un formidable levier de développement pour le Maroc. Nommée ministre déléguée chargée de la Transition Numérique et de la Réforme de l'Administration le 23 octobre 2024, elle porte aujourd'hui, avec la même rigueur qui a marqué toute sa carrière, une partie de l'avenir numérique du Royaume.

Une carrière scientifique qui force l'admiration

Avant d'entrer au gouvernement, Amal El Fallah Seghrouchni n'était pas une nouvelle venue dans le monde de l'IA, elle en était l'une des figures reconnues. Titulaire d'un doctorat en informatique de l'université Pierre et Marie Curie (Paris VI) et d'une habilitation à diriger des recherches en intelligence artificielle de l'université Sorbonne Paris Nord, elle a occupé le poste de professeure de classe exceptionnelle à Sorbonne Université, où elle a dirigé l'équipe Systèmes Multi-Agents au sein du LIP6, l'un des plus grands laboratoires d'informatique de France.

Considérée comme l'une des plus grandes spécialistes mondiales de l'intelligence artificielle distribuée et des systèmes multi-agents, elle a atteint un niveau de reconnaissance internationale que peu de chercheurs marocains, femmes ou hommes, peuvent revendiquer. Son rayonnement scientifique a été consacré par son élection en tant que General Chair de la conférence internationale AAMAS 2020 à Auckland, l'un des rendez-vous les plus prestigieux du domaine. Une carrière d'une rare densité, marquée par une production scientifique impressionnante : 24 ouvrages, dont des actes de conférences internationales, plus de 200 articles publiés dans les conférences majeures d'intelligence artificielle et de systèmes multi-agents, ainsi que de nombreux chapitres de livres et articles de revues internationales. Un tel niveau d'exigence académique, maintenu sur plus de deux décennies, force naturellement le respect.

Cette reconnaissance internationale s'est également traduite par de nombreuses collaborations avec des institutions prestigieuses, parmi lesquelles le National Institute of Informatics de Tokyo, ainsi que des universités au Mexique, au Brésil, en Roumanie et dans plusieurs pays européens. Elle est par ailleurs membre de la Commission Mondiale de l'Éthique des Connaissances Scientifiques et des Technologies de l'UNESCO, un engagement qui témoigne de son attention constante portée aux dimensions éthiques de l'intelligence artificielle.

Un pont entre recherche et souveraineté technologique marocaine

Avant sa nomination au gouvernement, Amal El Fallah Seghrouchni occupait déjà un rôle clé au Maroc en tant que présidente exécutive du Centre International d'Intelligence Artificielle du Maroc, AI Movement, une initiative stratégique de l'Université Mohammed VI Polytechnique. Sous son impulsion, ce centre a acquis le statut de Centre de catégorie II sous l'égide de l'UNESCO pour la région africaine, consacrant le positionnement du Royaume comme pôle émergent de l'innovation en intelligence artificielle sur le continent.

C'est cette double légitimité, scientifique et institutionnelle, qui a conduit à sa nomination à la tête du ministère de la Transition Numérique et de la Réforme de l'Administration, en remplacement de Ghita Mezzour, quelques semaines après le lancement de la stratégie Maroc Digital 2030. Un choix qui a été salué comme celui d'une figure pionnière de l'intelligence artificielle au Maroc, appelée à porter, depuis le sommet de l'État, une vision qu'elle avait longuement mûrie depuis le monde académique.

Une action publique guidée par la rigueur scientifique

Depuis sa prise de fonction, Amal El Fallah Seghrouchni a piloté des avancées concrètes sur les deux volets de son portefeuille ministériel. Sur la réforme administrative, plus de 2 400 procédures ont été digitalisées et organisées en plus de 660 parcours citoyens, aujourd'hui accessibles sur le portail Idarati, dans le respect du cadre réglementaire fixé par la loi sur la cybersécurité et la loi sur la protection des données personnelles.

Sur le volet numérique, elle a présidé la structuration de partenariats stratégiques majeurs pour l'écosystème cloud et intelligence artificielle du Royaume, notamment avec Oracle et Vertiv, ainsi que le déploiement de la feuille de route AI Made in Morocco. Elle a également signé, en marge des premières Assises Nationales de l'Intelligence Artificielle tenues à Rabat en juillet 2025, une convention de coopération avec le PNUD dans le cadre de l'initiative Digital for Sustainable Development, destinée à positionner le Maroc comme leader régional de la transformation numérique inclusive.

Une reconnaissance qui dépasse les frontières du Royaume

Son engagement en faveur d'une vision marocaine du numérique et de l'intelligence artificielle a été distingué en avril 2026 par le Prix Méditerranée, remis lors des Rencontres de l'Université Euromed de Fès consacrées à l'avenir de la civilisation humaine à l'épreuve de l'intelligence artificielle. Une distinction qui salue, selon les organisateurs, son parcours et son engagement au service du développement, du dialogue entre cultures et des valeurs communes.

Un modèle pour la nouvelle génération marocaine

Au-delà des titres, des distinctions et des fonctions occupées, c'est sans doute la cohérence de ce parcours qui mérite d'être saluée. Amal El Fallah Seghrouchni n'a pas attendu d'occuper un poste politique pour se consacrer à l'avenir technologique du Maroc, elle y travaillait déjà, patiemment, depuis le monde de la recherche, bien avant que l'intelligence artificielle ne devienne un sujet grand public. C'est cette constance, cette capacité à transformer des années de travail scientifique exigeant en action concrète au service du pays, qui en fait aujourd'hui une figure inspirante.

Pour les jeunes chercheuses et chercheurs marocains, pour les étudiantes qui hésitent encore à s'engager dans les filières scientifiques et technologiques, et plus largement pour toute une génération qui grandit avec l'intelligence artificielle, son parcours envoie un message clair : l'excellence académique et l'engagement au service de l'intérêt général ne sont pas deux voies opposées, elles peuvent se nourrir l'une l'autre. Une femme marocaine, formée aux plus hauts standards scientifiques internationaux, revenue mettre son expertise au service de son pays, voilà un exemple qui mérite d'être connu, raconté, et suivi.

Ce que ce parcours dit de la trajectoire numérique du Maroc

Le parcours d'Amal El Fallah Seghrouchni illustre une conviction simple mais rarement incarnée avec autant de cohérence : la souveraineté technologique d'un pays ne se construit pas uniquement à travers des choix politiques, mais aussi à travers l'expertise scientifique de celles et ceux qui les portent. En reliant directement des années de recherche de pointe en intelligence artificielle aux grands chantiers de la transformation numérique marocaine, du cloud souverain à la digitalisation des services publics, elle incarne une génération de profils techniques appelés à façonner, depuis l'intérieur de l'État, l'avenir numérique du pays.

Un parcours à saluer, et surtout, un exemple à suivre.

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