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Le Maroc face au gaming : d'un pays de joueurs à une ambition de créateur

Admin LADSITribune4 min de lecture
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Pendant longtemps, le Maroc n'a été qu'un marché de consommateurs pour l'industrie mondiale du jeu vidéo. Ce narratif est en train de changer. Depuis quelques années, et plus particulièrement en 2025-2026, le Royaume affiche une volonté claire de bâtir un véritable écosystème national du gaming, porté au plus haut niveau de l'État.

Un signal politique fort : le Morocco Gaming Expo

Le symbole le plus visible de cette ambition est le Morocco Gaming Expo (MGE), dont la troisième édition s'est tenue à Rabat du 20 au 24 mai 2026, au Sofitel Jardin des Roses. L'événement, placé sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI et dont l'ouverture a été présidée par le Prince Héritier Moulay El Hassan, a rassemblé près de 100 exposants venus de 24 pays, parmi lesquels les États-Unis, la France, la Corée du Sud ou encore les Émirats arabes unis.

Le message porté par les autorités est sans ambiguïté : le jeu vidéo, longtemps perçu comme un simple segment du divertissement numérique, est désormais présenté comme un secteur stratégique susceptible de contribuer à la croissance économique et à l'emploi des jeunes. Le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, a même évoqué un changement de paradigme, estimant que la prochaine génération de jeux vidéo ne viendra pas uniquement de Californie, de Tokyo ou de Manchester, mais aussi du Maroc.

Sur le plan des ambitions chiffrées, le Maroc vise à atteindre 1% du chiffre d'affaires mondial de l'industrie des jeux vidéo, estimé à 300 milliards de dollars, en s'appuyant notamment sur ses incubateurs d'entreprises.

Des studios marocains qui émergent

Le pays ne part pas de zéro. Une nouvelle génération de studios 100% marocains commence à se faire connaître, à l'image d'Ard Games, Clover Studio, Kelbox Studio, Magistral Studio, Tilila Studios, Akimino Games, Kokoro Games, QasbahLabs, Ivalice Studio ou encore Dakhla Quest VR, tous présents lors du MGE 2026.

Ces jeunes structures se positionnent sur des créneaux variés : Kokoro Games, par exemple, développe des jeux éducatifs en réalité virtuelle destinés aux 7-14 ans. Pour accompagner cette dynamique, un Video Game Incubator (VGI) a été mis en place afin d'aider les studios et porteurs de projets marocains à structurer, produire et exporter leurs jeux à l'international.

La formation suit également le mouvement : une trentaine d'établissements (ENSA, INBA, ISMAGI, UIR, etc.) proposent désormais des cursus dédiés au game design et à l'intelligence artificielle, et des étudiants marocains sortent aujourd'hui diplômés d'écoles internationales réputées comme ISART Digital, classée parmi les meilleures écoles de jeu vidéo au monde.

Une infrastructure physique en construction

L'ambition ne se limite pas aux discours. À Rabat, un projet de zone dédiée au gaming est en cours de développement : installée sur trois hectares, elle regroupera d'ici 2026 des studios, des salles e-sport, des écoles spécialisées et des espaces de coworking, pour un coût estimé à 360 millions de dirhams, avec l'objectif de générer 5 000 emplois directs et de positionner le Maroc comme un hub régional du jeu vidéo.

Des partenariats structurants ont aussi été signés à l'occasion du MGE 2026, notamment avec l'AMDIE (Agence Marocaine de Développement des Investissements et des Exportations), engagée à promouvoir le Maroc auprès des studios internationaux, et avec Orange Maroc, qui a signé des accords pour renforcer l'infrastructure e-sport du pays. Un partenariat a également été conclu avec Huawei pour soutenir l'écosystème gaming local.

L'e-sport, porte d'entrée grand public

Sur le plan compétitif, l'e-sport reste la vitrine la plus populaire du gaming marocain. Les tournois organisés autour du MGE portent sur des titres largement plébiscités par les jeunes Marocains : EA Sports FC, très populaire pour le football, PUBG Mobile, particulièrement adapté aux appareils moyen de gamme largement répandus au Maroc, ainsi que Valorant et League of Legends, portés par une scène compétitive en ligne de plus en plus active.

Un marché encore modeste, mais en croissance

Il faut néanmoins garder les choses en perspective : le marché local reste, pour l'instant, de taille limitée. Selon Statista, les revenus du secteur du jeu vidéo au Maroc s'élevaient à environ 227 millions de dollars en 2024, avec une projection proche de 297 millions de dollars d'ici 2027. C'est loin des standards des grands marchés mondiaux, mais la trajectoire est jugée suffisamment prometteuse pour que les autorités parlent désormais ouvertement de créer des startups « licornes » marocaines dans le secteur du jeu vidéo.


Article rédigé à partir de sources d'actualité de mai-juin 2026 (Morocco Gaming Expo, ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Statista).

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