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La musique n'a plus d'auteur, et le public commence à s'en rendre compte

Admin LADSIMagazine4 min de lecture
musique par IA
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Il y a un an, l'IA musicale faisait encore sourire. Aujourd'hui, elle vide des studios, provoque des interdictions de charts et pousse plus de mille musiciens à sortir un album... silencieux. Quelque chose a basculé dans la relation entre le public et la musique fabriquée par une machine, et ce n'est plus un débat de niche entre technophiles.

Le chiffre qui a fait sursauter l'industrie

Selon une étude de la plateforme SubmitHub, réalisée à partir de l'analyse de plus d'un million de titres, près de 40 % de la musique nouvellement publiée dans le monde en juillet 2026 a été produite avec l'aide de l'IA, dont environ 23 % entièrement générée par une machine. Un an plus tôt, ce chiffre aurait semblé impensable. Aujourd'hui, il inquiète autant les auditeurs que les plateformes elles-mêmes.

Le symbole le plus frappant de ce basculement vient d'Australie. L'Australian Recording Industry Association (ARIA) a purement et simplement banni la musique générée par IA de ses classements officiels, une décision prise après la polémique autour d'un DJ dont la reprise assistée par IA d'un titre de Madonna avait grimpé jusqu'à la deuxième place du classement général. Sous les nouvelles règles de l'ARIA, l'IA reste tolérée dans le processus créatif, mais ce sont bien des humains qui doivent avoir écrit la chanson et interprété la voix principale pour qu'un titre reste éligible.

Quand les plateformes elles-mêmes changent de camp

Ce n'est pas qu'une affaire de puristes nostalgiques. Spotify, longtemps accusé de laisser filer le problème, a fini par réagir. À partir de la mi-septembre 2026, la plateforme commencera à apposer un label "AI Persona" sur les profils d'artistes jugés dépourvus de nature humaine, un badge visible sur le profil, dans la recherche et sur les playlists, ces comptes étant exclus des recommandations algorithmiques. Une manière, pour Spotify, de reconnaître ouvertement l'existence d'un rejet croissant du public envers l'art généré par IA, tout en essayant de ne pas se couper des innovations basées sur l'IA qu'elle développe elle-même en interne.

L'ampleur du phénomène qu'elles cherchent à endiguer donne le vertige. Deezer a annoncé que 50 000 morceaux générés par IA sont mis en ligne chaque jour sur sa plateforme, soit 34 % de toute la musique nouvellement ajoutée. De son côté, Sony Music a indiqué avoir demandé le retrait de plus de 135 000 titres usurpant l'identité de ses propres artistes.

Les musiciens sortent de leur réserve

La colère ne se limite plus aux forums spécialisés. En février 2025, plus de mille musiciens britanniques, parmi lesquels Kate Bush, Damon Albarn, Annie Lennox ou Cat Stevens, ont sorti un album de quasi-silence pour protester contre un projet de réforme du droit d'auteur qui aurait facilité l'entraînement des IA sur des œuvres protégées sans consentement des ayants droit. Le geste ne doit rien au hasard : les douze pistes de l'album sont des enregistrements de studios et de salles de concert vides, une représentation symbolique de ce que les artistes redoutent comme conséquence des changements de loi envisagés. Mis bout à bout, les titres des morceaux forment une phrase sans ambiguïté, appelant le gouvernement britannique à ne pas légaliser ce qu'ils considèrent comme du vol de musique au profit des entreprises d'IA.

Ce mouvement a pris de l'ampleur plutôt que de s'essouffler. Pour l'édition vinyle sortie en novembre 2025, Paul McCartney a lui-même enregistré une piste supplémentaire, preuve que le sujet continue de mobiliser au plus haut niveau de l'industrie, bien après le lancement initial du projet.

Ce qu'en pense vraiment le public

Le rejet ne vient pas seulement des artistes qui défendent leurs revenus. Une étude de l'institut Luminate montre que les consommateurs sont globalement négatifs envers la musique générée par IA : les gens sont aujourd'hui plus enclins à se sentir mal à l'aise qu'à se sentir rassurés face à son utilisation. Un tiers des personnes interrogées se disent indifférentes, mais la tendance de fond est claire. Une partie de cette défiance est aussi économique : les inquiétudes autour de l'emploi touchent particulièrement la génération Z, qui reçoit de plein fouet les messages sur la contraction des opportunités professionnelles et des postes d'entrée dans le secteur créatif.

Même certains artistes qui utilisent l'IA au quotidien restent sceptiques sur sa maturité artistique. Le chanteur Jason Derulo a résumé un sentiment partagé par beaucoup en estimant que la technologie manquait encore d'"âme", ses paroles générées ne l'ayant, selon lui, jamais vraiment convaincu.

Une bataille loin d'être terminée

Derrière la question du goût se cache un enjeu plus profond : celui de savoir qui a le droit de nourrir ces modèles, et qui doit en être rémunéré. Aux États-Unis, la RIAA a lancé des poursuites pour violation de droit d'auteur contre les entreprises Suno et Udio, les accusant d'avoir entraîné leurs modèles sur des enregistrements protégés sans autorisation, une procédure qui pourrait redéfinir les règles du jeu pour l'ensemble de l'industrie musicale.

Ce que révèle cette vague de contestation, des charts australiens aux studios silencieux de Londres, c'est qu'un public longtemps curieux, parfois amusé, par la musique générée par IA commence à en réclamer la transparence, sinon le recul pur et simple. La technologie continuera sans doute de progresser. Mais la confiance, elle, ne se génère pas en un clic.

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